L'oeil de Caroline Roux

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  • En attendant la campagne

    11/04/2012

    C’est un comble ! La mère des élections nous ennuie. On est en ¼ de finale de la coupe du monde et pourtant on espère toujours le début de la compétition. Le journaliste compte les jours, le sondeur  fait le tour des plateaux télé pour dire que vraiment non vraiment le rapport de force au second tour ne change pas. Le favori reste le favori, le challenger reste le challenger. Quant à Jean Luc Mélenchon et Marine Le Pen ils se livrent chaque semaine à un pas de deux  pour se partager à tour de rôle la troisième marche du podium.  

    Pendant que la presse se demande déjà quelle première dame sera Valérie Trierweiler, que la problématique permis de conduire s’invite dans la campagne, Jacques Attali et François Bayrou se relaient pour sonner l’alerte.  Injonctions à des candidats inconscients pour réclamer du fond, des idées, du lourd.  Urgence de la crise, fragilité de la zone euro, compétitivité en berne, avenir incertain. Mais le collapse annoncé ne fait plus peur. Leur scénario apocalyptique fait partie de la petite musique de fond.  Quand le candidat du Modem compare la situation de la France à celle de la Grèce  dénonce une campagne frivole on se dit qu’il n’a peut-être pas tort mais on voit surtout qu’il dégringole dans les sondages quand il se pose en oiseau de mauvais augure.


    Nicolas Sarkozy lui sent une « vague », François Hollande « une volonté  d’alternance » mais nous on ne sent rien du tout.  On espérait revivre la folle campagne de 2007 pourtant tout est différent. Il y a 5 ans la France redécouvrait le volontarisme acharné de Sarko et l’audace de Ségolène Royal madone cathodique délaissée par les siens. En 2012, les deux candidats en situation d’exercer le pouvoir doivent trouver des moyens de se différencier sur une ambition commune :  le retour à l’équilibre imposé des finances publiques.  Reste alors leur personnalité.  Mais là encore ce sera un peu juste pour emporter l’adhésion. Nicolas Sarkozy a essoré son image et François Hollande revendique la normalité. Fermer le ban. Pour le show  reste Jean Luc Mélenchon qui porté par la ferveur va finir par déchirer sa chemise en meeting.

    Le manque de souffle c’est le manque d’espérance.  Peut-être que les Français, dont l’intelligence collective ne fait que rarement défaut, ont compris que le prochain président n’aura d’autre choix que de gérer de la rigueur. Donner du sens à la rigueur avait concédé François Hollande en guise de mise en bouche au début de sa campagne.

    A quoi ressemble  une campagne entre un président sortant et  un candidat raisonnable comme tête d’affiche de l’entre-deux tours ? A quoi ressemble une campagne ou les lendemains qui chantent ne font pas partie du programme ? A quoi ressemble une campagne après 5 ans de Sarkozysme et une parole publique surexposée ?

     A celle que nous vivons aujourd’hui. 

  • Villepin : rendez-vous manqué

    16/03/2012

     

    Le cheveu brillant dans la lumière, le costume impeccable, le teint hâlé et  le sourire en coin Dominique de Villepin porte beau sur le plateau de France 2. Il se montre conquérant,  pourtant il vient annoncer Waterloo avant même d’avoir pu mener bataille.  

    Ceux qui auraient pu être ses adversaires sont déjà fracassés de fatigue et dissimulent mal une mine de papier mâché mais lui promène une forme olympienne de prof de tennis. Il faut dire que  sa campagne version tournée médiatique sans meeting, sans réunion publique, sans contraintes, ne ressemblait pas franchement à un marathon ! 
    Il bombe le torse, imagine pour la formule « un miracle républicain » on lui donnerait presque la crédibilité sans campagne, le diplôme de présidentiable, sans élection. 
     
    Pourtant, ironie du sort, à cause de 500 élus qui n’étaient pas au rendez-vous, 500 « connards » selon son expression favorite, il trébuche.  Alors on ne peut s’empêcher de penser que la vie politique est souvent brutale. Un ancien premier ministre,  connaisseur de l’appareil d’Etat,  ancien ministre de l’intérieur, ancien héros du conseil de sécurité de l’Onu qui a rendu la France fière d’elle-même le temps d’un discours ; cet homme-là, se retrouve arrêté dans son épopée quand Jacques Cheminade candidat de l’anticapitalisme, du complot et de la conquête spatiale s’apprête lui à occuper le terrain médiatique que lui offre le CSA au nom de l’égalité. 
     
    Pourtant l’échec était prévisible pour un homme qui n’a jamais voulu faire comme les autres, qui n’a jamais voulu s’abaisser à solliciter le suffrage universel, qui n’a jamais fait le choix du terrain, de la circonscription, du mandat.  Le Villepinisme avait pourtant un boulevard. Il aurait pu s’installer gentiment dans les pas du chiraquisme et exister dans une UMP fatiguée par les coups de menton de Nicolas Sarkozy. 
     
    Tout cela n’est pas si loin,  quand, à la Baule en septembre 2005, il était celui qui pouvait offrir un choix à la droite, sortant des eaux il incarnait un premier ministre puissant choisi par Jacques Chirac pour lui succéder à l’Elysée et un adversaire sérieux à l’ambitieux ministre de l’intérieur de l’époque.
     
    Mais sur son chemin il a trouvé non pas un grand homme porté par l’histoire de son pays, non juste un homme politique : Nicolas Sarkozy qui a sillonné les fédérations, traité les députés, animés les banquets et les bureaux politiques, qui a flatté les intérêts particuliers et qui a su planter une banderille douloureuse et fatale dans le dos de Villepin sur le CPE. 
     
    Sur fond d’affaire Cleastream, Dominique de Villepin a forcé le trait…il a haussé le ton jusqu’à perdre sa voix. Et quand, poussé par l’envie de vengeance, il affirme que « Nicolas Sarkozy est un des problèmes de la France » il quitte le costume de concurrent pour endosser celui d’opposant. La haine est mauvaise conseillère.
     
    Aujourd’hui, il lui reste la crédibilité accordée à celui qui a été en première ligne. Il lui reste sa certitude de pouvoir encore offrir quelque chose à son pays. Il le promet il ne se reniera pas, il ne s’abîmera pas dans des négociations d’arrière boutiques et on a envie de le croire, tant le retour au bercail de l’UMP apparaîtrait comme une issue minuscule. 
     
    Au-delà de toutes les vies qu’il veut s’inventer aujourd’hui, sans doute a-t-il compris que le destin politique se construit avec les Français pas au-dessus.
  • Le peuple et moi

    17/02/2012

    On a caché les officiers de sécurité, éloigné les conseillers et les porteurs de valises en kevlar. Prière de ne pas gêner les retrouvailles. Nicolas Sarkozy retourne à la rencontre des Français. Alléger le protocole, laisser l’homme, libéré de sa fonction, aller au contact du peuple.

    Il le dit et le fait répéter à ses conseillers « il a envie ». Comme si les Français lui avait manqué, comme si corseté dans son costume de président il avait été privé de ces effusions avec son pays. Curieux pour celui qui se vante si souvent d’avoir sillonné la France pendant son mandat.

    Le candidat Sarkozy a rendez-vous avec les déçus du Président Sarkozy :  « les petits, les obscures, les sans grades », la France du non, les invisibles, les oubliés. Ceux qui ont réclamé le droit à la sécurité, le droit de travailler plus pour gagner plus. Il a rendez-vous avec ceux qui ont cru en lui, en son volontarisme, son énergie et qui ont comme la désagréable impression de s’être fait avoir.

    Est ce qu’ils vivent mieux aujourd’hui qu’il y a 5 ans ? la réponse est NON. Pas du désamour, pas un rejet de sa personne, pire de la déception. Alors ils sont nombreux encore devant la télé un peu plus de 16 millions pour la séquence face aux économistes, 10 millions pour une annonce de candidature tellement attendue…ils sont là comme s’ils espéraient encore la preuve qu’en mai 2007 ils ne s’étaient pas trompés.

    Alors c’est vers eux qu’il veut aller d’abord. Il y voit sa seule chance de rivaliser avec son adversaire : Hollande l’homme sans bilan, l’homme du changement, l’homme  «qui aime les gens ». Insaisissable. Nicolas Sarkozy doit renverser la table alors il veut rejouer, le peuple contre les élites.  Le référendum contre le parlementarisme équilibré et raisonné, lent et apaisé. La réforme contre le compromis.

    Brice Hortefeux ose « Sarkozy est le candidat antisystème ». Là on se pince, on écarquille grands les yeux, on se dit que vraiment « ensemble tout devient possible »…Le sortant comme dirait François Hollande veut s’élever contre les élites, contre les corps intermédiaires ceux là même qu’il représente comme chef de l’Etat. Osé. Une manière de laisser entendre qu’il est lui aussi le président-victime d’un pays décidément impossible à réformer. Alors les yeux dans les yeux dans la caméra de TF1 il dit «  j’ai besoin de vous ».

    Il dégaine son arme de destruction massive : le peuple comme dernier recours.

    Le référendum dont il a longtemps pensé qu’il était le pire moyen de faire avancer les sujets compliqués devient désormais la solution pour trancher des sujets qui ne le sont pas : Y a t-il une voix dans ce pays pour contester le recours aux 30 milliards d’euros consacrés à la formation professionnelle des chômeurs ? Peu importe, le référendum c’est donner la parole à ceux qu’on écoute pas.
     

  • Des chiffres et…des chiffres

    06/02/2012

    C’est devenu un rituel.

    Attention place au grand débat, à l’intervention majeure : Hollande /Juppé le choc attendu, Fillon / Aubry l’heure du face à face, Sarkozy tout seul, la France au fond des yeux. Roulement de tambour, montée en pression, préparation des participants…mais le téléspectateur électeur est renvoyé dans son canapé avec bloc note et calculette.

    La crise est passée par là, les économistes devenus les oracles d’un choc qu’ils n’ont pourtant  pas vu venir ont pris le pouvoir.
    Alors les candidats et leurs soutiens se livrent au grand numéro de « vis ma vie Directeur Général des Finances Publiques ». C’est à celui qui alignera avec le plus de précision et luxe de virgules l’état des lieux des tristes comptes de la France. Même l’ancien président du Sénat Gérard Larcher pique du nez devant l’exposé méthodique du Premier ministre sur le plateau de France 2.


    Les milliards répondent aux exonérations, les barèmes aux parts fiscales. Vision de gauche, l’effort de rétablissement porté par les plus riches. Vision de droite : le coût du travail comme frein à la compétitivité.


    J’entends déjà les orthodoxes se féliciter face à un débat politique tiré vers le haut, vers les pages saumon du Figaro. Revanche de tous ceux qui prêchent dans le désert depuis 74 depuis qu’on vote des budgets en déficit. Enfin la classe politique en termine avec les promesses de campagne et soigne avant tout l’équilibre entre les colonnes dépenses et recettes.


    Il est vrai que cela oblige à un brin de densité de précision dans les programmes. Mais est ce que cette présidentielle doit se résumer à « dis-moi toi comment tu dégages 29 milliards de recettes pour rentrer dans les clous ? » Plus aucun responsable politique digne de concourir pour cette élection ne peut, c’est vrai, se soustraire à cette question. Mais pour autant,  est ce que cela doit occulter le reste du débat ? que dire à ce pays qui ne croit plus en lui ? A cette jeunesse qui pense que c’était mieux avant ? A ces communautés qui s’éloignent sans se regarder ? A ces chefs d’entreprises qui envient l’étranger ? François Hollande avait bien commencé au Bourget, en parlant de cette tradition Française de l’égalité,  ou comment se souvenir d’où l’on vient pour expliquer ou l’on va. C’est aussi cela qu’on attend de cette campagne. Du sens, une envie, un chemin. Un président gestionnaire sous tutelle de Bercy et Bruxelles oui mais pas seulement. Un chef d’état qui défend des valeurs et des choix d’avenir.


    L’économie parfois s’incline encore devant le politique, quand le politique s’en donne les moyens. Les femmes de Lejaby sauvées par LVMH à Yssingeaux sous la pression du gouvernement. Une goutte d’eau face au raz-de-marée des délocalisations. Peut-être mais on peut y voir aussi  le signe qu’il reste un rôle pour l’Etat face au marché. L’Etat est endetté, « il ne peut pas tout » comme le disait Lionel Jospin,  mais il peut encore…encore un peu.


    Alors espérons que dans cette dernière ligne droite les candidats vont se départir des notes de leurs technos pour nous donner le choix. La présidentielle pour les nostalgiques est la rencontre entre un homme et un peuple,  pas entre un projet fiscal et un bilan comptable…Les Français ont intégré les efforts qu’ils vont devoir fournir, sans doute attendent ils maintenant de savoir si il y a un destin commun après la rigueur.

  • La Tentation de l’ Après

    24/01/2012

    Nicolas Sarkozy serait saisi par la peur de la défaite nous dit le Monde du jour. Alors confidence après confidence, nous découvrons un président dégagé des urgences de la conquête qui se laisse aller à évoquer l’après, qui ose en public l’hypothèse de l’échec. « Pour la première fois de ma vie je suis confronté à la fin de ma carrière » confie Nicolas Sarkozy.


    Après avoir occupé tous les mandats, après 35 ans de meeting de banquets républicains, de débats, 35 ans de soirées électorales, de question au gouvernement, l’animal politique serait prêt à raccrocher les gants. En échos un air de Jospin et son « j’ai décidé de me retirer de la vie politique » mais cette fois avant la bataille.
    Le chef de l’Etat, cite Pascal " l'homme est ainsi fait que tout est organisé pour qu'il oublie qu'il va mourir ", alors il imagine les voyages, les semaines de 3 jours, désir le temps, réclame la vie.


    Voici Nicolas après Sarkozy.


    Pourtant comme une persistance rétinienne revient le souvenir de celui que nous avons appris à connaître. Le Sarko qui s’inquiète du calme auprès de ses collaborateurs après 2 jours de vacances, celui qui ne peut pas écouter un discours sans envoyer des salves de SMS, celui qui a inventé le happening permanent en politique, celui qui voudrait déjà être de retour dans l’avion après avoir posé le pied n’importe où ailleurs qu’en France. Le Nicolas Sarkozy trop pressé, aurait envie de donner du temps au temps.


    Profondeur, densité, recul, distance. C’est donc cela,  il a changé parce que le quinquennat l’a changé. Et ces confidences accordées à des journalistes en marge d’un déplacement en Guyane prennent  alors un tout autre sens, plus politique que personnel. Le président amorce le virage, il tente la mue.

    Pourquoi un tel combattant prendrait  le risque d’évoquer l’échec et l’après devant des observateurs qui ne sont ni des psy ni des amis ? Pour entamer la re-conquête. Tout simplement. Pour jouer l’acte 1 de la partie la plus ardue de sa campagne. La seule que personne ne peut mener à sa place.
    Retrouver le chemin du cœur des Français. Renouer le fil.


    En évoquant l’après, en racontant que l’échec lui ouvrirait une vie plus douce( entendez meilleure) il prépare le récit du chemin sacrificiel, du choix d’un deuxième mandat pas pour une jouissance personnelle du pouvoir c’est déjà fait ; non, durer pour faire, durer pour la France et les Français.


    Il ne faut pas s’arrêter aux états d’âme d’un candidat donné battu, ce serait oublier qu’il connaît les astuces et les ressorts du combat politique.
    Si la fébrilité de sa famille politique est bien réelle, lui n’a renoncé à rien, et ce serait une erreur de penser qu’en évoquant la défaite c’est qu’il l’a acceptée.
     

  • Excès de campagne

    13/01/2012


    Bienvenue dans la campagne 2012. Les personnes qui cherchent la réflexion, les discussions de fond et le débat d’idées sont priées de retourner en 1958 ; pour ceux qui se sentent prêts à relever le défi, une maîtrise du zapping, du story-telling, du fact-cheking est vivement requise. La mise à niveau de l’abécédaire des vacheries vous sera proposée en 140 signes.
    C’est parti pour 100 jours !

    Séquence numéro 1
    Fiscalité et TVA sociale : argument contre argument, allègement du coût du travail, contre la pénalisation du pouvoir d’achat. Chacun dans son couloir déroule les éléments de langage. Les indécis sont épinglés dans la journée… Zéro pointé pour Manuel Valls pris en flagrant délit de soutien à la TVA sociale, rappel à l’ordre pour Xavier Bertrand obligé de jouer les bons soldats sur une disposition qu’il a toujours contesté. Faute. Les convictions ne sont pas toujours compatibles avec le happening de campagne.
    Une phrase dans les Echos relance la journée… Michel Sapin évoque la suppression du quotient familial. Panique a bord, pédalage, retro-pédalage, modulation…Le camp Hollande s’explique, se justifie, s’enlise la droite sort les grosses ficelles et les canons sciés.


    Séquence numéro 2 : la défense de la politique familiale contre le choix de la redistribution.
    L’UMP en rang serré passe la proposition au marteau-pilon. Caricature et raccourci pour une meilleure compréhension du débat. La gauche s’excuse d’être de gauche et peine à défendre sa proposition.
    Les classes moyennes au cœur de la polémique font l’objet de toutes les attentions. Mais au fait, c’est quoi les classes moyennes ? Pas le temps. Plus tard. Fermez le ban.

    Séquence numéro 3
    Dans l’euphorie générale, et poussé par un Nicolas Sarkozy qui veut ses généraux en première ligne sur le front, Bernard Accoyer (pourtant d’une nature prudente) lâche la phrase du jour… si la gauche l’emportait aux prochaines élections, les conséquences économiques et sociales seraient comparables à celle d’une « guerre «. Le tir est trop brutal et il passe à côté de sa cible. La gauche demande des excuses. La droite fait front. Unité, solidarité : UMP.
    Pourtant Nicolas Sarkozy deux jours plus tard, en déplacement à Lille, livre le soldat Accoyer sur un plateau à Martine Aubry.

    Pause. Unité nationale. Le journaliste Gilles Jacquier est mort. Un tir de mortier en Syrie. Cette guerre-là est réelle.

    Séquence 4. Reprise dans le désordre. Sondages, enquêtes, polémiques. Le Pen grimpe. Bayrou prospère. Hollande fatigue et Sarkozy s’active. Les petits candidats traînent leurs histoires de parrainages de plateau en studio. Nadine Morano déchaîne les humoristes, anime la « Tweetosphère » et s’installe dans le rôle occupé jadis par Frédéric Lefebvre : lieutenant à la vie à la mort, sniper sans état d’âme du chef de l’Etat. Elle insiste. Elle déteste sa marionnette des Guignols. Un élément majeur à verser au dossier.
    Jean Pierre Raffarin et Lionel Jospin font leurs premiers pas sur LCI, Jean Luc Mélenchon fait son show sur France 2. Fillon investi, Dati indigné, Joly contesté. Montebourg conteste l’accord EELV/ PS et jure qu’il est capable de claquer la porte du PS.
    Tiens au fait Nicolas Sarkozy serait favorable au mariage gay dit Libé. Faux dit Pécresse.
    Stop.

    Changement de semaine.
    Pour ceux qui n’ont pas tout saisi. Pour ceux qui cherchent le souffle d’un discours sur un projet collectif. La promesse d’un cap d’un avenir, d’un chemin en temps de crise. Pour ceux qui n’ont pas eu le temps de se faire une opinion.
    C’est trop tard. Vous êtes en retard d’un tweet.
    Candidats : Armez vos séquences, faites le plein de formules, rechargez les piles de smartphones.
    Observateurs : accrochez vous.
    Nous avons voulu la politique en Live, nous avons alimenté la machine,  et bien nous y sommes. Avons-nous gagné au change ? Il n’est visiblement plus temps de se poser la question.


    Vous êtes entré en campagne. Bienvenue en 2012.

  • Le Déjeuner

    05/01/2012

     

    Le déjeuner commence avec les formules de politesse d’usage. Les journalistes prennent place en ordre dispersé, le politique pose ses dossiers se débarrasse de son portable. Début de conversation molle, sourires convenus. Les habitués se glissent un mot à l’oreille sur les dernières nouvelles du petit dernier, les débutants la jouent profil bas accrochés à la carte du restaurant. Un coup d’oeil au menu, un coup d’œil à la montre déjà 13h20. Une petite tartine de pain beurré le temps que tout le monde soit prêt. 

     

    Le déjeuner politique commence. Premier tour de table. Questions autour du sujet du jour. L’actu. L’affaire. La Polémique. La discussion de café du commerce est autorisée et même recommandée pour chauffer l’ambiance. Les journalistes les plus expérimentés donnent leur avis, relancent, argumentent.
    -Tout le monde a choisi ? on fait plat dessert ? une demie plate une demie pétillante.

     

    L’attaché(e) de presse lève le nez et termine de consigner sur un immense cahier à spirales la dernière réflexion de son patron. Ne rien rater, au cas où, pour pouvoir justifier des propos réellement tenus. Greffier, veuillez noter la séance peut commencer.

     

    L’invité d’honneur commence à entrer dans le vif du sujet. Le moment où il en termine avec les phrases au kilomètre pour amuser la galerie est facile à identifier :
    Le journaliste politique plonge délicatement sa main dans la poche de son costume pour récupérer son carnet, la journaliste politique tente d’étouffer le bruit du bouchon de son feutre pour commencer à noter. Ne pas effrayer l’orateur, ne pas le couper alors qu’il se révèle.

     

    La date, en haut à gauche, les initiales de l’invité  et le plus discrètement possible sur la pointe du bic les uns après les autres commencent à noter. Le dernier résiste, écoute les propos du politique lancé dans sa démonstration en se disant qu’il est vraiment le dernier des cons et qu’il va devoir récupérer les phrases après le déjeuner auprès de ses camarades de jeu.

     

    Question/ langue de bois. Re-question. Re-langue de bois. Changement de sujet. Bingo. La bonne ficelle, la petite phrase, le bon angle, la vacherie, la révélation, la bonne grille de lecture, la bonne info. Là, plus question de saucer l’entrecôte frite sauce moutarde. Il faut consigner avec précision les propos. Tête baissée sur les carnets, les journalistes ne prennent plus la peine par politesse de rendre son regard au politique qui finit par parler au miroir d’en face, ou les yeux dans le vide, tel un prof de fac devant ses étudiants.

     

    Puis, soudain, frappé par un éclair de lucidité et sans doute étonné de l’intérêt collectif porté à ses propos, le politique s’inquiète  « bien entendu on est entre nous ! » Là, les journalistes de concert prennent leur air le plus responsable pour lancer en chœur un « bien entendu«  sur l’air de vous nous prenez pour qui ?

     

    L’attaché de presse qui sera victime des foudres de son patron si le déjeuner ne reste pas totalement confidentiel en remet une couche « oui parce que sinon, on ne fera plus ce genre de rencontre, c’est du OFF » OFF qui signifie, vous en faites ce que vous voulez tant que vous ne dites pas que ça vient de moi.
    Le politique sera la plupart du temps rétrogradé sous la plume des journalistes et ses propos seront attribués à un proche, un conseiller, un anonyme bien informé.

     

    Dessert, café, boulette de pain sur la nappe en tissus. Coup d’œil à la montre 14h45 il va falloir y aller, de toute façon la discussion a ripé sur le succès d’Intouchables… il est temps de partir. Débriefing des journalistes sur le trottoir. « Y a du lourd , c’était pas mal non ?  »…mais à partir de là, c’est chacun pour soi. L’esprit confraternel a laissé place à la pression des rédacteurs en chefs. Et chacun en conscience utilisera le déjeuner comme il le souhaite. Des bises au petit dernier et retour dans les rédactions. Le politique, lui s’assure qu’il n’en a pas trop dit. L’attaché de presse lui certifie qu’il a été brillant, qu’il s’est montré à son avantage et mieux, que le message est passé.



    Ainsi vont les déjeuners politiques. Des moments où chacun cherche son intérêt. Ca ressemble à un déjeuner entre amis, mais ça n’a rien d’un déjeuner entre amis. Des journalistes qui veulent nourrir leurs papiers, des politiques qui veulent peser sur le contenu. Alors, parfois bien sûr, un « sale mec » se retrouve entre guillemet dans un journal du matin et le déjeuner devient d’un coup…un peu difficile à digérer.


     

  • Rama et Rachida : tout ça pour ça.

    16/12/2011

     

    Comme elle était belle la photo de ce printemps 2007. Comme elles étaient belles les filles de Sarkozy. Non pas celle de Cécilia promenées sur les champs Elysées le soir du 6 mai pour faire revenir une amoureuse déjà perdue. Non Rachida Dati et Rama Yade. Les perles de la campagne qui racontaient une promesse, celle de la méritocratie républicaine. La possibilité de réussir, quelque soit son milieu social, quelque soit l’origine de ses parents. Une élite qui avait le visage de la France.
     
    A ce moment-là Nicolas Sarkozy tout nouveau président fait son tour de force. Il chipe à la gauche non pas quelques ministres d’ouverture qui porteront au fer rouge le reniement, non, il s’empare de bien plus que cela. A l’époque les socialistes le reconnaissent volontiers, il fait ce que le Ps n’a pas su faire. Hisser à des postes de responsabilité des femmes issues de l’immigration. 
     
    Rachida Dati garde des Sceaux. Les ténors de l’UMP en ont des sueurs froides et ne se remettront jamais vraiment de ce qu’ils considèrent toujours comme un affront ou une profonde injustice. 
     
    Rama Yade qui s’autorise des leçons de droit de l’homme lors de la visite de Kadhafi, la droite conservatrice habituée à la realpolitik se pince et attend la sanction pour le crime de lèse-président, sanction qui n’interviendra que beaucoup plus tard. 
     
    Aujourd’hui 5 ans après, que reste t-il ce cette volonté, de cette belle image sur le perron de l’Elysée?
    Un immense gâchis. Des trajectoires ratées, des destins politiques abîmés. 
     
    Rachida Dati, réunit autour d’elle les plus vieux ennemis de François Fillon et promet, dans un dernier coup de menton en forme de lettre ouverte, le pire si elle n’obtient pas gain de cause dans la deuxième circonscription de Paris.
    Rama Yade qui néglige son poste à l’Unesco pour suivre un Jean Louis Borloo mollement motivé. Accusée de plagiat,  de fausse domiciliation à Colombes et même rayées des listes électorales.  
     
    Les affaires s’enchaînent et la machine médiatique qui a fait d’elle la plus populaire du gouvernement se retourne. La violence est démesurée comme toujours. Ses qualités sont devenues ses défauts, comme toujours. 
    Rachida Dati, Rama Yade. Rien de comparable entre ces deux femmes qui d’ailleurs ne s’aiment pas beaucoup et ne partagent rien d’autre qu’une belle promesse d’un printemps de 2007.
    Tous ceux qui ont cru au symbole, qui ont applaudi la moue des caciques sans portefeuille ont bien du mal aujourd’hui à accepter le spectacle de l’échec, d’une porte qui se referme sur ce qui ne restera qu’une parenthèse du quinquennat.  
     
    Que dire ? 
     
    Qu’elles avaient le droit à l’échec comme les autres ? Bien sûr. Que  la violence de la critique aujourd’hui n’a d’égal que la bienveillance dont elles ont fait l’objet à leurs débuts. Certes. Que bien d’autres ministres issus des rangs des élites en costumes gris ont fait des sorties de routes aussi remarquées pendant ce quinquennat. Oh que oui. 
     
    Pourtant, il nous reste quand même le goût amer d’un rendez- vous manqué. A qui la faute ?  A celui qui a pris le risque de les catapulter dans les palais de la République sans les protéger ? A nous, aux médias qui en ont fait des icônes avant même qu’elles aient pu faire leur preuve ? A cette élite qui ne leur a jamais vraiment accordé de légitimité ? A elle-même qui sont allées à la faute endormies par les sirènes de la popularité ? La vérité est sans doute au milieu de tout cela. Reste que le gouvernement serait un peu différent aujourd’hui si elles étaient encore aux responsabilités, si elles avaient su faire exister un propos, une ligne politique. 
     
    Qu’elles le veuillent ou non ces deux femmes de talent étaient plus que des ministres, elles portaient plus qu’elles même, elles incarnaient… oserais- je, une espérance. 
     
    Il ne reste hélas aujourd’hui qu’une belle photo. 
     

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